Brexit or not Brexit

Brexit

Brexit or not Brexit, telle est la question avec #AssuranceSanary

Le référendum britannique concentre désormais toute l’attention des investisseurs. Conformément aux attentes, cet événement a d’ores et déjà déclenché une première vague de volatilité, en réaction aux hésitations entourant l’adhésion à la campagne en faveur du Brexit qui s’est récemment renforcée. Quelles sont les raisons du phénomène, et où en est-on à présent sur ces sujets clés ? Les arguments économiques plaidant pour leur part en faveur d’un Brexin (par opposition au Brexit), le référendum pourrait maintenant se jouer sur la participation effective des électeurs britanniques, et sur des sujets plus sensibles liés aux réfugiés, à l’immigration et à la bureaucratie de Bruxelles…

Première mi-temps : Brexin 1 / Brexit 0

Le gouvernement britannique et des personnalités de premier plan ont abondamment mis en garde l’électorat britannique contre l’ampleur des coûts liés à un Brexit, et ce bien au-delà des considérations liées aux accords commerciaux, au maintien des politiques communautaires ou aux conditions potentiellement défavorables qui pourraient résulter d’une renégociation. Il nous semble donc clair que les tenants d’une sortie de l’UE ont perdu cette bataille.
De nouvelles thématiques pour la seconde mi-temps Après avoir perdu le débat économique, les partisans du Brexit vont tenter de reporter l’attention sur des sujets sensibles, notamment l’immigration et de mettre en cause la responsabilité ou les excès bureaucratiques de Bruxelles. À la faveur de la confusion entretenue par les médias britanniques entre la libre circulation des personnes au sein de l’UE et la crise migratoire venue du Moyen-Orient, il ne fait aucun doute que l’immigration peut devenir un argument anti-UE d’autant plus puissant que les politiques récemment conduites par le gouvernement ont  manifestement échoué à faire taire les inquiétudes. La sécurité des frontières et les menaces terroristes sont également des sujets qui prennent de plus en plus d’importance et, même si tous espèrent
sincèrement que le Royaume-Uni et le reste de l’Europe parviendront à l’avenir à éviter des atrocités comparables à celles qui ont dernièrement touché Paris et Bruxelles, des réactions plus xénophobes pourraient prendre le dessus.

La participation

En 1975, 64% des électeurs avaient voté en faveur de l’adhésion au « Marché commun », et il serait illusoire de s’attendre à un taux de participation plus élevé cette fois-ci. L’issue du référendum sera ainsi conditionnée, en premier lieu, par le taux de participation électorale (qui ne devrait être affecté ce jour-là par aucun événement sportif d’envergure, puisqu’il n’y a pas de rencontres prévues en football, cricket ou rugby, même si on ne peut exclure que l’Angleterre échoue entre temps à se qualifier en phases éliminatoires de l’Euro 2016 !). En second lieu, le résultat du vote dépendra de l’âge des participants, les électeurs plus âgés étant à la fois les plus fermement décidés à aller aux urnes et les plus susceptibles de voter une sortie. Pour illustrer l’importance du taux de participation, un taux de 64% se traduirait par un vote à 53% en faveur du Brexin, tandis qu’une participation de 60% pourrait se solder par un score de 51% en faveur du Brexit ! Pour mémoire, le référendum sur l’Écosse avait atteint un taux de participation élevé avec 85% de votants, tandis qu’en 2014, la dernière élection du Parlement européen, où le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni avait d’ailleurs réalisé un bon score, ne réunissait que 35,6% des électeurs. Il est intéressant de noter qu’à travers l’Europe, le taux de participation moyen en 2014 n’était que de 42,6%, l’Allemagne et la France se situant à peu près à ce niveau, tandis que la Belgique votait à 89,6% et la Pologne à 23,8%, démontrant globalement un désintérêt de l’électorat.

Les sondages et les cotes des bookmakers

Même si nous faisons désormais globalement preuve d’un cynisme et d’un scepticisme grandissants quant à la fiabilité des sondages, force est de constater qu’ils ont indiqué avec une certaine constance la faveur du maintien dans l’UE, quoiqu’ils fassent également ressortir une part importante d’électeurs indécis. Du fait de la charge négative attachée aux deux campagnes, il est difficile de savoir si ces « indécis » se déplaceront, ce qui rend d’autant plus importante la sensibilité au taux de participation. Ainsi, les sondages proposent un éclairage intéressant mais pas nécessairement exact sur le vote des « indécis » (sous réserve qu’ils votent), tout en reflétant effectivement l’égalité entre les deux camps au sein de l’électorat qui a déjà arrêté sa décision. Les bookmakers ont eux aussi prévu avec régularité un résultat favorable au maintien dans l’UE, attribuant au Brexit une probabilité de l’ordre de 20 à 25% seulement. Au regard de leurs estimations, la campagne du Brexin devrait donc l’emporter avec une avance confortable.

Le context politique

Que le Royaume-Uni reste ou non dans l’UE, il semble désormais évident que le parti conservateur ne sortira pas indemne de cet événement. Bien que ce ne soit pas un sujet majeur de préoccupation si, conformément à nos attentes, le Brexin devait l’emporter, ce facteur viendrait s’ajouter aux incertitudes entourant l’efficacité de la politique gouvernementale pour les quatre ans à venir. Une victoire du Brexit relancerait de toute évidence la thématique brûlante de l’indépendance de l’Écosse, sous réserve évidemment que l’Écosse se prononce en faveur du maintien dans l’UE, sachant qu’elle avait voté sans grand
enthousiasme pour l’adhésion à la CEE lors du référendum de 1975. En outre, en cas de Brexit, il conviendra potentiellement de désigner un nouveau premier ministre et un nouveau ministre des finances, voire d’organiser nouvelles élections législatives, sans compter la nécessité de constituer une équipe de responsables politiques chevronnés pour négocier la sortie de l’Union européenne.
Tout ceci entraînerait des tensions et des incertitudes qui pèseraient tout autant sur l’économie britannique que sur son système politique. Pour l’UE, le maintien ou la sortie du Royaume-Uni suscitera inévitablement un débat sur les orientations et le calendrier relatif à l’évolution vers les « États-Unis d’Europe », dont on retrouve les grandes lignes dans le Rapport des cinq présidents. Toutefois, à l’intérieur même de l’UE, où de nombreux pays (comme la Pologne ou la France) doivent faire face à l’euroscepticisme de leur électorat, les responsables politiques devront prendre acte du fait qu’ils ont jusqu’ici échoué à bâtir un consensus en faveur du « plus d’Europe ». Ils se verront contraints de reconnaître qu’ils ont dans le passé trop souvent fait peu de cas des référendums nationaux, et ainsi affaibli la légitimité de Bruxelles. L’un des effets pervers en est aujourd’hui l’émergence d’un nouveau courant de pensée appelant à voter en faveur du Brexit, justement pour pouvoir renégocier au nom de toute l’Europe la teneur des prochaines étapes, en modifiant voire en envoyant aux oubliettes les traités de Lisbonne et de Maastricht !

Impact sur les marchés

Il semble clairement admis que les actifs britanniques souffriraient d’un vote en faveur du Brexit. En effet, le 24 juin serait alors comparable, en termes de volatilité et d’activité de trading, à ce jour de 1992 où la livre sterling était sortie du mécanisme de change du système monétaire européen (SME). Sous l’effet d’une chute des actions, des obligations et de la livre, les actifs britanniques pourraient bien se retrouver « en solde » la semaine suivante, et donc attrayants à plus long terme ! Les entreprises et actifs britanniques axés sur le marché intérieur ont déjà enregistré de mauvaises performances en 2016, et leurs cours semblent intégrer partiellement le risque de Brexit. Les entreprises internationales bénéficieraient à terme d’un affaiblissement de la devise. Cela laisse entrevoir une possible correction de
la sous-performance du FTSE100 par rapport au FTSE Mid 250. Toutefois, le soulagement provoqué par un vote en faveur du Brexin entraînerait probablement une forte reprise de l’ensemble des secteurs davantage tournés vers le marché intérieur. Nous pensons néanmoins qu’un Brexit serait dommageable pour l’Europe, venant saper une partie des progrès accomplis sur le plan politique et économique. Face à un tel scénario, une protection intéressante consisterait à anticiper une hausse de la volatilité sur les actifs en euro, quoique dans une moindre mesure que celle constatée actuellement sur les actifs en livre sterling. Tandis que l’affaiblissement de la devise britannique pourrait alimenter des craintes d’inflation au Royaume-Uni, une forte correction des actions aurait pour sa part des effets négatifs sur les marchés de crédit, qui restent fortement corrélés malgré la politique d’assouplissement quantitatif (QE) conduite par la BCE (Banque centrale européenne), ce qui aboutirait donc à un écartement des spreads. En outre, un Brexit n’entraînerait pas de risque immédiat pour la survie de l’UE, comme cela a pu être le cas en 2010/2011, mais les projets relatifs à l’avenir de l’Europe feraient de nouveau l’objet d’une attention accrue, de même d’ailleurs que les élections espagnoles, qui auront lieu une semaine après le référendum britannique. Les événements politiques pourraient donc continuer de charrier leur lot de volatilité sur les marchés !

Neil Dwane
Stratégiste d‘Allianz Global Investors

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *