Des frontières floues ….

Revue des marchés
Revue des marchés

Il ne fait aucun doute que les risques se sont accrus. Le vote surprise des Britanniques en faveur d’une sortie de l’Union européenne illustre parfaitement les incertitudes géopolitiques qui constellent l’environnement actuel. Or, en dépit de ce contexte, les investisseurs sont restés bien présents, poussant davantage à la hausse les prix des actions. Cet optimisme ambiant a été en grande partie alimenté par les politiques monétaires agressives engagées par les principales banques centrales.

Au cours des derniers mois, la Banque d’Angleterre (BoE), la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon (BoJ) ont élargi leurs programmes d’assouplissement quantitatif et/ou abaissé leurs taux directeurs. Dans la mesure où la croissance économique mondiale devrait ressortir inférieure à sa moyenne, de nouvelles mesures de relance pourraient bien être amorcées. Par conséquent, le coût d’une protection contre une éventuelle correction du marché a fortement diminué. Le VIX, indice de volatilité, s’établit ainsi sur des niveaux dernièrement enregistrés début 2007 (soit avant l’éclatement de la crise financière). Les banques centrales ont eu recours cette fois-ci à des mesures non conventionnelles, contrairement aux crises financières antérieures qui ont été (principalement) résolues au travers d’outils plus traditionnels. Cependant, pour la première fois de l’histoire des marchés obligataires, plus de 9 000 milliards USD d’emprunts d’État se traitent actuellement sur des niveaux de rendement négatifs. Au cours des 5 000 dernières années, aucune guerre, dépression ou phase persistante de déflation n’était parvenue à entraîner les rendements obligataires en territoire négatif. Au travers de leur politique monétaire, les banques centrales ont privilégié des mesures non conventionnelles à leurs outils traditionnels, s’aventurant ce faisant en territoire inconnu.

Ces rendements faibles voire négatifs ont, à leur tour, relancé les appels à de nouvelles mesures budgétaires. Le Japon a d’ores et déjà présenté un programme budgétaire, tandis que le gouvernement britannique sera probablement amené à retirer son programme de rigueur dans le sillage de la victoire du Brexit. Aux États-Unis, des mesures d’assouplissement budgétaire sont à prévoir en 2017, indépendamment de l’issue des élections présidentielles qui se tiendront cet automne. Enfin, dans la zone euro, les exigences liées au pacte de stabilité et de croissance semblent recevoir une interprétation de plus en plus souple.

Dans ce contexte, la « monnaie hélicoptère » sera-t-elle la prochaine étape ? Le débat devient de plus en plus houleux. La monnaie hélicoptère renvoie au financement direct des dépenses publiques par les banques centrales. Le Japon semble, pour sa part, clairement engagé dans cette voie. Qu’elle prenne ou non la forme de monnaie hélicoptère, la politique budgétaire devient de plus en plus accommodante tandis que les frontières entre politique monétaire et politique budgétaire sont de plus en plus floues.

Dans ce contexte, l’environnement de marché semble privilégier les emprunts d’État, malgré la vive détérioration de leur couple rendement/risque. Or, cette tendance pourrait renforcer les risques baissiers. Les « rendements sans risque » se sont mués en « risques sans rendement ». Par conséquent, les actions devraient continuer d’attirer durablement la préférence des investisseurs par rapport aux obligations, en dépit de certains facteurs actuels susceptibles de raviver la volatilité de marché.

Je vous souhaite, pour ma part, des frontières bien nettes au sein de vos portefeuilles.
Stefan Scheurer

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