Perspectives 2016 : de la volatilité à l’horizon !

15-02-2016 13-21-55

Comprendre : Synthèse

L’année 2016 ne devrait pas différer significativement de l’année 2015 en termes d’opportunités et de risques. La croissance économique devrait rester atone et vulnérable. Pour autant, nous ne pensons pas que la faiblesse observée au sein de nombreux pays émergents entraînera le reste des économies dans une récession mondiale. Cependant, les politiques monétaires devraient rester très accommodantes, avec des hausses de taux limitées aux États-Unis sur l’année 2016 qui seront compensées au niveau mondial par un recul potentiel des taux d’intérêt et de nouvelles mesures de QE au Japon et en Europe. L’environnement politique et géopolitique sera indéniablement source de volatilité rendant plus incertaine l’évolution des politiques économiques en 2016. Dans ce contexte, nous anticipons une hausse de la volatilité des marchés financiers durant l’année, offrant un cadre plus adapté aux styles d’investissement actifs, alors même que les produits d’indexation et les ETF, jusqu’alors privilégiés par les investisseurs, ne parviendront plus à générer les rendements attendus par les clients. Nos philosophies d’investissement claires et nos processus de gestion rigoureux, centrés sur le long terme, devraient permettre à AllianzGI de générer un alpha attrayant au profit des portefeuilles de nos clients, durant une période marquée par la faiblesse probable des rendements du bêta.

Croissance économique

Au fil de l’année 2015, les anticipations de croissance du PIB mondial ont progressivement été revues à la baisse, pour s’établir sur des niveaux largement inférieurs à ceux relevés avant l’éclatement de la crise financière mondiale. Nos prévisions pour 2016 sont en ligne avec les anticipations les plus modérées émises par les analystes, conformément à notre thématique de Répression financière. Les principales économies régionales doivent faire face à des défis similaires, mais néanmoins spécifiques. La situation nécessitera de nouvelles mesures politiques et budgétaires, alors même que le stimulus monétaire apporté par les programmes d’assouplissement quantitatif (QE) commence à s’essouffler compte tenu de la politique persistante de taux zéro. En dépit de signes encourageants, l’économie américaine aura finalement déçu les acteurs de marché tout au long de l’année du fait des conditions climatiques exceptionnelles et de la vigueur du billet vert. Malgré la baisse du taux de chômage et la faiblesse du cours du pétrole, la consommation et l’investissement sont ressortis inférieurs aux attentes et, selon nous, la situation ne devrait guère évoluer en 2016. Les anticipations de Wall Street devraient confirmer l’émergence d’une reprise auto-suffisante de l’économie en 2016. Or, nous anticipons pour notre part un résultat plus robuste, avec une croissance économique de l’ordre de 2 à 2,5%.

Europe : le paquet surprise de 2015

L‘Europe aura créé la surprise en 2015. En effet, alors que les anticipations de croissance économique étaient très faibles en début d’année, le lancement du programme d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE) et la faiblesse persistante de l’euro ont permis de relancer la croissance, qui est ressortie à environ 1-1,5% sur la période. En outre, les politiques de la BCE et la surveillance réglementaire des banques de la zone euro ont enfin permis de relancer la circulation du crédit au sein de l’économie réelle, ce qui a directement profité à l’investissement et à l’emploi. La baisse du taux de chômage contribue à relancer les ventes de détail et la consommation, qui sont également soutenues par la faiblesse du cours du pétrole.

Alors que les programmes d’austérité touchent à leur fin, nous sommes optimistes à l’égard de l’Europe en ce qui concerne la capacité de la région à maintenir son niveau actuel de croissance en 2016, compte tenu de l’engagement de la BCE de conserver l’euro aux niveaux actuels grâce au programme de QE. Localement, des avancées significatives ont été réalisées en matière de réformes structurelles en Espagne et au Portugal, ce qui tend à démontrer que des mesures de rigueur budgétaire adaptées, couplées à des politiques favorables de la BCE à l’égard des banques, peuvent parvenir à résoudre certains aspects de la crise de la zone euro. L’Italie s’oriente désormais dans la même direction, tandis que la France se montre disposée à accepter une plus grande flexibilité sur le marché de l’emploi et en matière de droit du travail. L’Allemagne a bien résisté et devrait rester robuste en 2016, quoique l’économie allemande reste plus exposée au ralentissement des marchés émergents et des flux d’investissement en général. Le Royaume-Uni aura connu une année particulièrement robuste en 2015, et nous pensons qu’une phase de consolidation des progrès réalisés est à anticiper en 2016. La livre sterling reste vigoureuse, freinant de ce fait toute amélioration sur le front des exportations, tandis que la croissance réelle des salaires montre des signes d’essoufflement (tout en restant à un niveau robuste d’environ 3%). Dans ce contexte, toute reprise supplémentaire de la consommation pourrait être limitée. Selon nous, le Royaume-Uni devrait bénéficier des nouvelles réformes de marché proposées par le nouveau gouvernement conservateur, qui cherche à attirer l’investissement étranger.

 

L‘Europe de l‘est, bien que directement affectée par la crise des réfugiés syriens, semble s’être stabilisée suite aux tensions qui entouraient la situation en Ukraine, et continue de bénéficier de plusieurs initiatives prises au niveau de l’UE en faveur du développement des infrastructures. Toutefois, la Russie est pénalisée par une récession sévère, liée à l’impact sur l’économie locale de l’effondrement des cours des matières premières. Toute amélioration de la situation économique dépendra de l’évolution des cours du gaz et du pétrole. La Turquie a été durement touchée par les tensions géopolitiques au sein de la région ainsi que par les élections locales qui ont mis en suspend toute réforme économique. Suite aux résultats tranchés des dernières élections, la situation devrait commencer à s’améliorer et gagner en visibilité.

 

Chine : un rééquilibrage économique

 

La Chine, deuxième économie mondiale, montre des signes de ralentissement depuis un certain temps déjà, à mesure que le pays passe par une phase nécessaire et très lente de rééquilibrage d’une économie fondée sur l’investissement dans les secteurs manufacturiers et industriels vers un modèle économique alimenté par les services et la consommation. En outre, le recul de la productivité, l’endettement excessif et l’appréciation du RMB sont autant de facteurs qui concourent à ralentir la croissance économique. Les statistiques officielles continuent de faire état d’un potentiel de croissance autour de 7%, alors que de nombreux indicateurs plus concrets laissent présager d’un chiffre nettement moins robuste. Le nouveau Plan quinquennal visera à doubler le PIB entre 2010 et 2020, ce qui correspond à l’avenir à un taux de croissance d’environ 6,5%. Le ralentissement et le rééquilibrage de la Chine continueront de pénaliser significativement les pays producteurs de matières premières ainsi que les économies asiatiques qui ont bénéficié de l’émergence du dragon chinois au cours de ces vingt dernières années.

L‘Inde devrait bénéficier d’une hausse de sa croissance économique en 2016, à mesure que l’impact des reformes et des mesures initiées par le gouvernement Modi se font sentir. Bien que ces réformes aient été plus progressives et moins significatives qu’attendu, force est de constater que le gouvernement Modi va de l’avant et contribue à rendre le pays plus attrayant pour les investisseurs étrangers. En outre, les taux d’intérêt offrent encore une certaine marge de manœuvre à la baisse, ce qui devrait constituer un facteur de soutien de l’investissement et de la consommation en 2016.

La croissance japonaise reste désespérément faible, en dépit des mesures politiques particulièrement agressives initiées par la Banque du Japon et du programme de réformes pour le moment limité du gouvernement Abe. De nouvelles mesures devraient être annoncées en 2016, mais le frein lié au vieillissement de la population ne permet pas au Japon de relancer son moteur de croissance, et ce, en dépit de la faiblesse du yen.

Concernant les perspectives Australasiennes l’année 2016 augure d’une période plus difficile. Le ralentissement de la Chine semble avoir pénalisé définitivement le cours de nombreuses matières premières, la baisse du yen et de l’euro ont durci la concurrence au niveau du commerce international, tandis que la vigueur du dollar US a accru les conditions de financement pour les emprunteurs locaux. Les taux d’intérêt ont été abaissés, mais de nombreuses économies asiatiques souffrent également du vieillissement de leurs populations, à l’instar du phénomène qui touche depuis un certain temps le Japon, et plus récemment l’Europe.

Le Moyen-Orient et l’Afrique ont été fortement pénalisés par la chute des prix des matières premières ainsi que par le retrait des projets d’investissement des grands groupes pétroliers et miniers, ce qui limite d’autant les perspectives économiques en 2016. Plusieurs pays de l’OPEP, notamment l’Arabie Saoudite, affichent actuellement de très gros déficits budgétaires qui ne pourront être financés que par le biais de ponctions sur leurs fonds souverains et par une hausse de la dette du secteur public. Cet environnement ne laisse guère  entrevoir de potentiel d’amélioration de la croissance  en 2016. Cependant, à mesure que les sanctions  seront progressivement retirées en 2016,  l’Iran devrait offrir un potentiel de  croissance attrayant compte tenu des  projets d’investissement pétrolier et du redéveloppement de plusieurs  secteurs au sein du pays.

En Amérique latine, la situation économique s’est nettement détériorée, suite à la baisse des cours des matières premières. Par conséquent, les perspectives pour 2016 ne sont guère encourageantes, compte tenu de la dégradation de l’environnement politique (en particulier suite aux différents scandales politiques qui affectent actuellement le Brésil) et de la chute des finances publiques. En dépit des Jeux Olympiques qui se tiendront en 2016, les perspectives économiques du Brésil ne devraient pas s’améliorer durant l’année, compte tenu de la faiblesse persistante de la devise et des niveaux élevés d’endettement des ménages. Le Venezuela et l’Argentine sont également touchés par une très forte inflation. La situation laisse penser que de nouveaux défauts de paiement pourraient se produire dans ces pays. Par conséquent, bien que la croissance économique mondiale reste atone et fragile, il y a de bonnes raisons de rester optimiste à moyen terme. En effet, le commerce mondial représente actuellement près de la moitié du PIB mondial, ce qui confirme le succès effectif du phénomène de mondialisation. De nouveaux accords commerciaux, tels que le TPP (Partenariat transpacifique) conclu entre les États-Unis et l’Asie, devraient contribuer à relancer le commerce en supprimant les taxes et les barrières au libre-échange. Un accord similaire pourrait voir le jour en 2016 entre les États-Unis et l’Europe. Le programme « one belt, one road » de la Chine contribuera également à soutenir l’investissement dans de nombreux pays émergents.

Inflation: quelle Inflation ?

L’inflation est restée très limitée en 2015. Dans l’ensemble, la situation devrait rester inchangée en 2016. Plusieurs raisons concourent à maintenir des niveaux d’inflation très faibles au sein de différents pans de l’économie mondiale. En effet, le pétrole et d’autres matières premières ont touché des points bas et ne devraient pas amorcer de rebond en 2016. Ensuite, les prix pratiqués au niveau des échanges internationaux semblent orientés à la baisse, compte tenu des pressions exercées par la Chine et d’autres pays qui tentent de remporter ou de préserver des parts de marché, ce qui profite directement aux consommateurs. Enfin, la hausse des salaires devrait rester limitée, dans la mesure où le volume de ressources non utilisées reste significatif au sein de plusieurs pays, en particulier en Asie et en Europe. Nous pensons cependant que l’inflation au sein des secteurs des services locaux devrait rester robuste à travers le monde, contribuant à contrebalancer certaines des forces désinflationnistes mentionnées ci-dessus. Par ailleurs, les écarts de production commencent à se refermer, un phénomène généralement précurseur d’une hausse de l’inflation. Dans le cadre de notre thématique de Répression financière, il nous semble important que l’inflation reparte en 2016 dans la mesure où nous avons besoin d’inflation pour éroder la valeur réelle des niveaux d’endettement extrêmes atteints à travers le monde.

Il existe toutefois un risque de « cygne noir », visible au sein de l’environnement actuel, qui serait susceptible de remettre en cause ces perspectives inflationnistes, à savoir une détérioration de la crise géopolitique au Moyen-Orient avec des retombées sur l’offre de pétrole, comparable aux deux chocs pétroliers que nous avons connu dans les années 1970 et 1980. De toute évidence, un tel événement serait fort pénalisant pour la croissance mondiale, mais très favorable à l’inflation!

Politiques monétaires accommodantes : les banques centrales n’ont pas dit leur dernier mot

L’année 2015 aura été marquée par une convergence des politiques monétaires des banques centrales à travers le monde, à mesure que les taux d’intérêt ont été ramenés vers des niveaux extrêmement faibles, voire négatifs en Europe, et que les programmes de QE se sont multipliés. En outre, de nouvelles mesures accommodantes sont anticipées au Japon et en Europe.

L’année 2016 sera marquée par le premier grand mouvement de divergence entre les politiques monétaires, avec la remontée des taux d’intérêt amorcée par la Réserve fédérale américaine. Cette décision interviendra alors même que des politiques de baisse des taux (voire de taux zéro) ou un renforcement des programmes de QE sont actuellement déployés par la quasi-totalité des banques centrales dans le monde, notamment en Inde et au Brésil.

L’attention des investisseurs restera rivée sur le dollar US dans la mesure où le billet vert constitue toujours la principale devise mondiale. Toute appréciation supplémentaire affecterait directement les opérations de refinancement et d’emprunt en USD à travers le monde. Tandis que le Japon et l’Europe déploient une politique d’assouplissement quantitatif agressive, la Chine devient plus proactive dans le soutien monétaire qu’elle apporte à son économie. Pour autant, nous ne pensons pas que la récente évolution de la politique chinoise, intervenue durant l’été 2015, augure d’une dévaluation plus marquée du Renminbi en 2016, dans la mesure où l’inclusion de la devise chinoise dans les SDR du FMI constitue clairement un objectif stratégique du gouvernement actuel. Dans ce contexte, nous anticipons une hausse de la volatilité sur les marchés des changes en 2016. Dès lors, il deviendra encore plus compliqué de dégager des performances attrayantes sur les marchés d’actions et d’obligations internationales. Cependant, nous sommes convaincus que les taux d’intérêt devraient rester peu élevés à travers le monde et que les banques centrales privilégieront une remontée très progressive des taux, pour ne pas étouffer la hausse de la croissance économique et/ou de l’inflation.

Politique

Localement, les situations politiques sont toujours étroitement corrélées à la politique monétaire, et nous anticipons de nouveaux événements politiques en 2016, qui risquent d’affecter directement les rendements des investisseurs.

En 2015, l’Europe a connu ses bas et ses hauts habituels avec, notamment, une nouvelle crise grecque. Selon nous, l’attention des investisseurs devrait progressivement se reporter sur la question du référendum au Royaume-Uni, qui devra se prononcer en 2016 sur son maintien dans l’UE, tandis que toute renégociation des termes des traités lèvera le voile sur l’avenir de l’Union monétaire et l’émergence des « États-Unis d’Europe ». L’UE doit toujours faire face à de nombreux défis pour espérer aller de l’avant et est confrontée à court terme à la crise des réfugiés et la situation explosive en Ukraine. En Asie, la politique tourne autour de la montée en puissance de la Chine au sein de la région et de l’approche à adopter pour faire face au rééquilibrage de l’économie chinoise. Cela vaut tout particulièrement pour l’Australie et d’autres pays producteurs de matières premières pour lesquels l’enjeu consiste à créer davantage de demande locale afin de compenser le ralentissement de la croissance mondiale. En Amérique latine, l’environnement politique reste pesant et difficile, compte tenu de la probabilité grandissante que la présidente du Brésil soit mise en examen pour corruption, ce qui aurait pour effet de jeter un trouble sans précédent sur l’évolution de l’économie locale.

De nouveau, comme indiqué précédemment, le développement de la situation politique au Moyen-Orient devra être suivi de près en 2016, dans la mesure où les événements restent pour le moment hautement incertains et imprévisibles, tandis que l’opposition entre les États-Unis et la Russie n’est pas sans rappeler les grandes heures de la Guerre froide.

Cependant, l’attention des marchés sera sans nul doute rivée sur les élections américaines qui se tiendront en novembre 2016, alors même que les Démocrates et les Républicains peinent à se mettre d’accord sur un candidat. Alors que les dynasties politiques de Bush et de Clinton ne semblent plus éveiller l’enthousiasme des foules, les électeurs semblent prêts à envisager une nouvelle approche. Peu importe le candidat retenu, il ne devrait pas y avoir de refonte majeure de la politique économique. Une chose est certaine : l’issue des élections est loin d’être écrite!

Agir : volatilité et absence de liquidité

En 2015, les marchés ont été marqués par une hausse de la volatilité et une rupture des corrélations qui prévalaient entre de nombreuses classes d’actifs. La situation devrait se poursuivre en 2016, à mesure que les politiques économiques et monétaires ainsi que les événements politiques mettront progressivement en lumière les différences au sein de l’économie mondiale.

Face à la faiblesse des taux d’intérêt, un recours accru à des niveaux extrêmes de levier et à des techniques de trading algorithmique a pu être observé au sein de plusieurs segments de marché. Cet environnement contribue à renforcer la volatilité et à assécher la liquidité sur les marchés, alors même que les investisseurs ont été incités par les mesures de QE à se rabattre en masse sur les mêmes actifs et supports  d’investissement dans leur quête de rendements et de revenus.

Selon nous, une approche d’investissement active et flexible permettra aux investisseurs de tirer profit de la volatilité, en tant que classe d’actifs à part entière. En outre, grâce à une recherche approfondie et un focus sur la qualité et la pérennité des placements, nous pensons être idéalement placés pour aider nos clients à naviguer les eaux troubles des marchés actuels, où aucune performance ne peut plus être générée sans une prise de risque pertinente. À mesure de la divergence des politiques en 2016, nos philosophies d’investissement claires et nos processus de gestion centrés sur le long terme devraient nous permettre de générer l’alpha que nos clients recherchent, dans un environnement où les rendements des stratégies passives seront plus faibles et volatils.

Neil Dwane, Global Strategist : http://www.allianzgi.fr/fileadmin/contribution/pdf/Strategie_d_investissement/2016_Global_Outlook_-_Neil_Dwane_v2_FR.pdf

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